Hashtag voyage

Hashtag voyage

Tic tac tic tac… plus que quelques jours avant que moi et Sandra soyons séparées. Ah non! Pas encore! Sandra à Inukjuak, c’était à l’été 2013, et on s’est vu tout le temps depuis (on habite pas bien loin et on s’envoie 44 textos/messages par jour). On a même été ensemble à Winnipeg l’été passé. Mais là, coup de théâtre, c’est moi, Annabelle, qui pars. Et longtemps.

En tout cas, moi je trouve ça long, 4 mois. Je me paie la traite, et pas à peu près : 3 mois au Vietnam et 1 mois en Europe après. Ce qui fait que je vais revenir et ça va être l’été. On fera des piques-niques, les piscines ne seront pas encore ouvertes mais presque, et il fera beau, parfait pour une p’tite bière en terrasse.

Je suis énervée, vraiment énervée. À quelques jours du départ (je m’envole le 2 février de Montréal et arrive le 4 février à Hanoi), je suis encore prise dans mes derniers contrats, projets et autres deadlines absolument intenables.

Je suis fatiguée, mais j’ai comme toujours un sourire étampé dans la face. Pour rien, parce qu’il fait froid, parce que je biffe un truc à faire de ma liste, parce que les hot-dog du coin de la rue, goûtent les hot-dog du coin de la rue. En deux mots : je vais voler en apesanteur jusqu’au 4 février 14 h 10, heure de mon arrivée à Hanoi.

Faque, je vais vous parler un petit peu de là-bas ici. J’ai aussi fait un Tumblr (c’est ma première fois avec cette plateforme, pardonnez mon thème pas beau et mes gaffes) et je vais y mettre quelques photos et réflexions. En fait, je sais pas trop, parce que j’ai jamais été au Vietnam, ni en Asie, donc, je verrai sur place ce que j’ai le goût d’y mettre, mais ça va sûrement parler de littérature et de rencontres insolites. En tout cas, je prends les suggestions. C’est là : hashtagvietnam.tumblr.com

Sandra de son côté a plein de projets et d’expos à venir, elle va vous en parler aussi sur Check. Il est question de photos avec des ados. L’autre jour, je suis passée chez elle, et elle avait un écran pis de la tapisserie pour son studio, parce que Madame s’est fait un studio photo dans son appartement, oui, oui.

Il y avait aussi plein de meubles à moitié restaurés (elle est super bonne pour arranger des vieux meubles, ils deviennent vraiment beaux, pis elle pourrait les vendre cher que je lui dis chaque fois, elle me répond toujours que c’est pour les shootings pis les expos), de la peinture, des tattoos et de la vaisselle fancy. Comme je serai pas là pour voir tout ça, je compte sur elle, pour mettre une couple de photos sur Check.

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Winnipeg crew

Winnipeg crew

On y est depuis dimanche soir, et on avait hâte de vous en parler, de Winnipeg. C’est loin, vous le savez, mais c’est encore plus loin que vous le pensez. On a mis 2 jours et demi pour y arriver. On avait jamais fait ça, nous, conduire aussi longtemps. Une chance que les routes sont belles en Ontario. C’est comme conduire dans le parc des Laurentides ou sur la 138 vers le nord, avec une station-service et une ville bizarre une fois de temps en temps. Des Tim Hortons aussi et des Wendy’s.

Tout le monde nous disait de faire attention aux « mooses ». Ils avaient raison. On a bel et bien vu des orignaux (des femelles et des petits), des chevreuils, et aussi un coyote écrasé sur le bord de la route. Sandra en parle encore, du coyote.

Ça ressemble beaucoup au Québec le nord de l’Ontario. Il y a de la forêt et des montagnes, beaucoup de lacs, de pourvoiries et de construction sur les routes. On se disait que c’était pas possible que le Manitoba soit plat comme dans nos livres d’histoire du secondaire. On avait tort. Peu de temps après avoir traversé la frontière, les montagnes font brusquement place à des champs. C’est tellement cliché, qu’on y croit pas vraiment. On a le retour pour se faire une idée.

En arrivant dimanche après-midi, c’est la pluie qui nous a impressionnées. Pluie, pluie et pluie. Ça nous a pas empêchés de vouloir visiter tout de suite la ville. Notre hôtel (en fait, c’est un bed & breakfast) est à Saint-Boniface. Le quartier francophone de Winnipeg. On a vite réalisé qu’il fallait traverser un pont, pour arriver dans le centre-ville, la partie anglophone de la ville. Oui, oui, comme à Ottawa et Gatineau, on traverse un pont pour passer d’une langue à l’autre. Ça aussi, on trouvait ça cliché, mais on va se garder nos commentaires pour nous.

La pluie était vraiment intense, et tout était inondé. À notre arrivée, il tombait des cordes depuis 3 jours, mais Sandra et moi on a peur de rien (pis on était dans une auto depuis 3 jours), donc on a pris nos parapluies et en avant l’aventure! Gris, trempé et vide (c’est vrai qu’on était dimanche à 16 h), le centre-ville de Winnipeg nous a paru étrangement abandonné. On a trouvé un pub et savouré notre arrivée en regardant d’un oeil vraiment distrait le match entre l’Argentine et la Bosnie-Herzégovine. Aucune idée du vainqueur, mais au retour, Sandra a cassé son parapluie parce que je l’ai fait enjamber des hautes clôtures et des tracks de chemin de fer. Je me sentais wild et elle aussi.

check2webÀ la sortie du pont, côté Winnipeg, collé sur la rivière rouge, il y a un étrange bâtiment. Tout neuf, tout en hauteur, on dirait la rencontre entre une église et un bunker. Un grand panneau indique : Ouverture septembre 2014. Et juste en dessous : Musée canadien pour les droits de la personne. Sandra, d’emblée, se demande ce qu’on peut bien exposer dans un musée des droits de l’homme. Ce que l’on trouve sur Internet nous donne comme moins envie d’aller le visiter. On y traitera (d’un point de vue « canadien ») de l’Holocauste et des privations des droits de la personne dans le monde. Dans son article, Isabelle Hachey le surnomme le « musée des controverses ». Bref, depuis, on regarde le bâtiment avec circonspection.

Lundi, le lendemain de notre arrivée, Sandra et moi avons monté son exposition. J’ai travaillé de mon côté aussi, c’est pas parce que je suis à 2600 km que mes clients vont attendre. Non, je fais comme si j’étais dans mon bureau à la maison. J’ai essayé deux cafés du quartier, mais là, je suis dans le gazebo en moustiquaire de notre gîte. Justement, je voulais vous en parler de notre B&B. Moi et Sandra, on est pas habituées à des places comme ça (c’est la galerie qui a réservé pour nous). Notre hôte, très gentille dame de 77 ans, a un paronyme français et adore Ricardo. Elle a même une photo d’elle et lui dans sa cuisine. Mais l’affaire, c’est que l’on est dans sa maison, chez ELLE, et qu’on est plus habituées de se rapporter à quelqu’un comme ça. Aussi, sa maison est remplie de Marie-Jésus-Joseph-Fatima-chapelets, de coussins en coeur et de rideaux fleuris. Disons que ça surprend. Mais les déjeuners sont copieux, ce matin, il y avait sur la table des gaufres en coeur et de la compote de pommes maison.

Non, ce qui est le plus étrange, c’est que notre gentille hôte met son pyjama vers 16 h (ou plus tôt, c’est selon), et se couche vers 18 h 30. Surtout qu’ici, il fait clair très tard. À 21 h 30, on dirait qu’on est en plein après-midi.

check3webHier, après son atelier (Sandra donne des ateliers de photos à des groupes scolaires), on a voulu aller se boire une petite bière au soleil. Selon les conseils d’un Rimouskois habitant Winnipeg depuis 10 ans, on est allé au Beer vendor le plus près (une porte glauque, donnant dans un bar glauque, se trouvant sur une rue glauque), et on s’est dirigé vers la cathédrale de Saint-Boniface dont il ne reste que les murs et la façade, pour savourer notre nectar local. Notre plan a complètement foiré quand des pompiers sont sortis de l’enceinte de la cathédrale escortant un homme passablement imbibé. On a fait demi-tour, salué la tombe de Louis Riel, et avons posé nos pénates sur le bord de la rivière rouge, le musée-cathédrale bien en vue, et avons relaxé dans l’herbe. Si quelqu’un se plaint qu’il y a beaucoup de moustiques au Québec, je l’envoie faire un stage de 3 mois au Manitoba. On a pas le monopole des bibites (le gazebo c’est juste pour faire beau dans notre histoire), Winnipeg est un nid à moustique, brûlots et autres machins volants qui piquent.

Mais peu importe, parce qu’ici, on parle d’arts visuels au téléjournal de 18 h. Et juste ça (Sandra y parle de son expo vers 18 minutes, et non, elle n’est pas Française), ça nous rend la ville plus sympathique encore, même si pour l’instant, elle est encore un mystère pour nous.

Manitoba, nous voilà!

Manitoba, nous voilà!

Il y a un an, en fait, un an et quatre jours, parce que c’était le 8 juin 2013, Sandra et moi mettions en ligne, le premier billet de Check mes tomates : « Check mes tomates.1 ». On avait vraiment de la suite dans les idées pour les titres (encore aujourd’hui comme vous pouvez le constater), l’avenir était tout en rose et rouge, et on vous promettait plein d’affaires :

  • des piqures de moustique en gros plan
  • des excuses pour ne pas travailler
  • des paysages magnifiques que vous ne pourrez jamais vous payer
  • des recettes et pas que de tomates
  • des brouillons mis en page

Il faut croire qu’on avait de la suite dans les idées pour les promesses aussi. Sandra s’est envolée pour Inukjuak et je suis restée à Montréal pour écrire, c’était prévu, c’est arrivé.

Ce qui était moins prévu, c’est qu’on continue après l’été. Mais, on a eu envie de le faire, et on l’a fait avec plaisir, peut-être pas aussi souvent qu’on l’aurait voulu, mais Sandra a continué à mettre des photos et donner des nouvelles de ses projets, et moi, j’ai continué à vous parler de mon roman et d’écriture. Martin va bien, je vous remercie.

Pis là, un an plus tard, Sandra et moi avons eu une idée (folle). Comme elle exposait au Centre culturel franco-manitobain de Winnipeg (des photos d’Inukjuak, entres autres, comme quoi tout est dans tout), on a décidé de se taper un périple en char jusque-là. Partir à deux, ensemble, sur les routes vers l’Ouest durant 2320 km! Oui, monsieur-madame, c’est beaucoup de kilomètres, ça.

On va bien sûr en parler ici, et enfin, on va être ensemble et plus séparé comme l’été passé. C’est tout un renversement de situation, non, vous vous attendiez pas à ça? En tout cas, nous deux on est ben contentes. On voit ça comme un genre d’expérience, surtout qu’on a plein de projets photo/écriture pour la route.

Donc, vous allez nous entendre durant les deux prochaines semaines, on va prendre des photos (#checkmestomates), peut-être donner des recettes de bibittes à poil (pas de caribou, cette fois), et vous pourrez découvrir avec nous le Manitoba (et l’Ontario)! Dans ma tête, c’est presque aussi abstrait qu’Inukjuak, mais bon, Sandra est là pour me ramener sur la terre.

Une autre affaire, merci à tous ceux qui ont suivi un blogue qui s’appelait Check mes tomates. On a eu ben du fun, j’espère que vous aussi.

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Blue Motel

Blue Motel

En arrivant hier, j’ai surpris les propriétaires. J’étais la première cliente du motel de l’année. Ils avaient ouvert à peine une heure plus tôt. La réception était assez bordélique et la femme cherchait comment faire fonctionner la machine Interac. J’ai passé ma propre carte et j’ai pris les clés de ma chambre. La numéro 1. Soixante-huit dollars pour avoir la paix. Pour regarder le fleuve, là tout près.

J’avais à ma disposition une chaise orange de plastique, ronde et belle, sortie tout droit des années 1970. En tout cas, c’est mon impression. Bref, je me suis assise dessus et j’ai regardé le fleuve. En face, il y a La Malbaie. À gauche, une île avec des fermes, je peux voir les silos et la flèche d’une église. Mon voisin a une chaise jaune poussin.

Deux hommes sont arrivés au motel un peu après moi. L’un avait dans la vingtaine et l’autre, dans la quarantaine. Un père et son fils, je me suis dit. Ils ont hérité de la chambre numéro 3.

La chaise orange n’est pas confortable. Je me suis installé dans les escaliers avec mon cahier de notes. J’étais pas juste venue à l’hôtel pour le paysage. Je voulais surtout terminer une nouvelle. Une histoire de gâteau au caramel, de famille, pis de chalet. Je la traînais depuis quelques semaines et je me suis dit, pourquoi pas une chambre de motel face au fleuve?

Parfois, à Montréal, dans mon bureau, dans ma ruelle, je m’imagine écrire ailleurs et souvent je pense à une chambre de motel ou une maison sur le bord du fleuve. Je pense que l’eau pis les oiseaux, pis les marées pis toute, ça va m’inspirer et me calmer. Ça paraît que j’ai grandi en banlieue : je suis bien que trop romantique. Les oiseaux, ça fait du bruit en masse, j’ai de la misère à distinguer les oies blanches des mouettes, il y a un vent de fou et le début du mois de mai, c’est vraiment pas chaud dans le Bas-du-Fleuve. J’ai repris mon char pis je suis allé au village me chercher de la bière pis de quoi me faire un souper en tête à tête avec mon ordi. J’écrirais plus tard.

En revenant, les deux gars de la chambre numéro 3 étaient sur leur balcon et entamaient leur 2e bouteille de vin. Le plus jeune était en bedaine et criait. Aucun rapport avec ceux que j’avais croisés à la réception plus tôt. Je me suis ouvert une bière et je les ai écoutés sur ma marche d’escalier. J’ai pas compris leur relation (un chef scout et sa recrue?). En tout cas, après la 3e bouteille de vin, ils sont rentrés dans la chambre et je ne les ai plus revus de la soirée. Ce matin, en me levant, ils étaient déjà partis.

Dans la chambre, en face du lit, il y a une photographie d’un paysage marin. Une pointe rocheuse s’avance dans la mer, un conifère quelconque élève ses épines et il y a des monts enneigés au loin, de l’autre côté de l’eau. Les bleus sont trop bleus, les blancs trop blancs et les gris trop gris. Ça pourrait être ici ou ailleurs, peu importe. Comme si les voyageurs de passage pouvaient faire abstraction du paysage qui leur crève les yeux et qu’on voulait leur rappeler sa présence. Ça m’a fait penser aux touristes qui ne font que prendre que des photos pour s’en rappeler plus tard ou les montrer à leurs amis et familles, dans le confort dans leur maison, sans en profiter pendant qu’ils sont dedans le paysage, parce que vite vite vite, il y a autre chose à visiter.

J’ai écrit jusque tard dans la nuit. J’avais fermé les stores verticaux de la porte patio, mais vers minuit, je les ai ouverts. La marée était vraiment basse, je n’entendais aucun bruit venant du fleuve, les oiseaux dormaient, mes voisins aussi. Au loin, quelques lumières de La Malbaie. Si j’avais encore été fumeuse, je me serais allumé une cigarette dans le noir. J’ai respiré l’air du large et je me suis dit que demain matin, je prendrais bien une photo de la vue du motel pour la regarder moi aussi quand je serais loin d’ici, dans mon bureau qui donne sur la ruelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

Des papiers en tout genre ont pris possession de mon bureau. Et maintenant, ils revendiquent le droit de recouvrir également le plancher.

Ils sont en train de glisser tout doucement vers une autre pile qui est tout aussi précaire.

D’un œil attentif, je surveille ce mouvement de masse : est-ce les factures ou les idées qui exploreront en premier la surface inégale et jonchée d’embuches de mon plancher?

La compétition est féroce, au sol des cadres, des trépieds, des sacs et toutes sortes de bricoles occupent déjà une partie de l’espace.

Le risque est grand pour ces papiers qui rêvent de liberté et de grands espaces. Une déchiqueteuse occupe, occasionnellement, une partie de cette surface convoitée. En une bouchée, elle détruit tout sur son passage. Les lettres fondent, les mots se déchirent et le tout se retrouve en boule dans le fond d’un estomac ou encore cruellement abandonnée dans les coins de l’appartement. Baveux un moment, ces papiers fous deviennent sans intérêt.

Contrairement au Chat du café des artistes de Ferland, mes boules de papier ne resteront pas abandonnées, car les idées qu’ils contenaient auront déjà migré vers de nouvelles pages blanches confortablement cachées dans un cahier à l’abri de la déchiqueteuse baveuse à quatre pattes.

Toutefois, ces idées qui ont migré de feuilles volantes à mon cahier ont décidé de se cloner aussi dans une multitude de dossiers sur tous les disques durs de mon bureau. L’encre a tout bonnement coulé pour se transmuter en une série de code 0010101010.

Une autre révolution semble vouloir se manifester dans l’espace virtuel de mon écran. Subtilement l’invasion a commencé lors de la migration de différents ordinateurs vers un nouveau. Contrôlant le CMD C et le CMD V, ils se sont multipliés d’un dossier à un autre pour maintenant occuper chaque espace disponible.

Un événement marquant arrive à grands pas et il saura stopper cette révolution. J’ai confiance en lui, c’est sa spécialité de tout nettoyer, de nous faire croire que tout est possible, encore un peu.

Il apportera un mouvement de fraicheur, de nouvelles senteurs, une joie de vivre. Avec lui, je serai assez forte pour tuer dans l’œuf cette rébellion.

À l’aide de différentes armes, la chasse sera bonne pour bien remettre à sa place tous ces mots et idées qui fleuriront avec l’arrivée de cette saison bénie, le printemps. Et mes piles de papier accumulées durant l’hiver finiront par prendre le bord du chemin pour laisser la place à une nouvelle cellule dormante de la prochaine révolution du papier.

Le jour où j’ai eu envie d’aller porter mon chien sur le bord de la 40

Le jour où j’ai eu envie d’aller porter mon chien sur le bord de la 40

CLIC CLIC CLIC

CLIC CLIC CLIC

Comme une musique, mes doigts tapent sur le clavier, mon index monte et descend doucement sur la souris sans fil, tandis que mon pouce droit et mon majeur créent une légère pression sur celle-ci afin de lui donner une fluidité sur le bois de mon bureau. Mes yeux sont rivés à mon écran, il semble être le seul tableau ouvert vers un monde possible.

CLIC CLIC CLIC

 Ma photographie devient informe, on ne perçoit que des taches de couleurs, on pourrait croire à un tableau abstrait. Dans cette jungle de couleurs et de petits carrés, je chasse. Lunette sur le bout du nez, main agile, je fais glisser le curseur de gauche à droite et de haut en bas, le tout de façon méthodique. Aucune de ses particules ne doit passer au travers de mon inspection.

CLIC CLIC CLIC

Mon regard se fige, je change d’arme. Je tamponne, CMD +, CMD – , je fixe, est-ce que mes corrections altèrent mon image? Je deviens folle, je ne sais plus ce que je vois. Mais pour l’instant, plus de 20 d’abattues.

CLIC CLIC CLIC

Encore un peu, mes yeux louches. Des tasses s’empilent près de mon clavier, de ma souris et de ma palette. Je reste figée, sans trop bouger, seules mes mains sont actives. Tel un chasseur dans sa cache, je regarde chaque élément afin d’apercevoir le détail qui me signale de dégainer avec justesse sur ma cible.

BONG BONG BONG

On me fixe, on me regarde avec insistance. « Mais quoi, je n’ai pas le temps ». Mon regard retourne sur mon écran.

BONG BONG BONG

On me fixe plus intensément, la tête sur le côté, mon petit bâtard implore une sortie au parc. Il reprend doucement sa balle, la relance sur le plancher.

BONG BONG BONG

 Il me la colle sur la jambe. Il pousse la balle avec son museau, en la dirigeant vers moi. La reprend, la relâche.

BONG BONG BONG

Je lui caresse la tête et l’invite à se recoucher dans son panier qui est tout juste à côté et même en dessous de mon bureau. Il soupire, prend sa balle et se couche.

CLICLICLICCLICLICLICLICLICLICLIC

Je suis frénétique…

CLICLICLICCLICLICLICLICLICLICLIC

BONG BONG BONG

Quatrième tentative pour attirer mon attention à l’extérieur de ce monde de petits carrés. Je tends de nouveau la main vers sa petite tête, mais par je ne sais quel miracle, je lève les yeux vers le coin supérieur droit de mon écran.

« Quoi! Il est 20 h, pauvre petit chien. » Vite vite, je me lève. Je prends mon iPhone, une clope et mes clés. Je file mettre mon manteau, il court près de moi. On tombe presque, car l’excitation est à son comble. ON VA SORTIR AU PARC… Je me laisse porter par la joie de mon chien. Une sorte de soupape de tension.

Et hop…

Nous courons ensemble dans le parc. La joie est parmi nous, une neige folle est sous nos pieds (pattes). Elle crée un moment féérique. Je lâche la laisse et l’invite à courir comme jamais dans cette neige qui lui est offerte… Il saute, il creuse, il se retourne et il se frotte. Oh oui! Il se frotte dans cette neige. De petites pensées traversent mon esprit : «C’est bien mon chien, continue, ça va te laver un peu » ou « Épuise-toi mon chéri, dès que nous allons rentrer, tu dormiras. »

Je vais tout de même le rejoindre. Je cours avec lui. Je lui offre même un biscuit que j’avais dans la poche de mon manteau.

C’est bien de s’amuser, mais j’ai un deadline pour demain. « Aller mon chien, on rentre. » On revient tranquillement, il sent tout sur son passage, la vie est belle, nous sommes heureux.

Et hop.

On entre, on essuie les pattes et il part boire de l’eau.

Je touche, je retouche, encore et encore… les poches de mon manteau. NON! Panique, mon rythme cardiaque augmente. Mon petit bâtard revient, croit que je veux encore jouer. Je regarde partout, sous les bottes, dans les bottes, je retourne mes poches dans tous les sens, je regarde dans ma tuque, dans mes gants, sous le chien… Mon iPhone n’est pas là.

Je remets mes bottes, et tout mon attirail. Je ressors en courant, mais cette fois sans joie… je regarde dans tous les coins, je refais le trajet en entier et rien. Que du blanc aucun petit carré noir, pourtant j’avais bien pratiqué ma chasse. Depuis des jours et des heures que je regarde des formes floues semblables à cette neige folle qui se trouve devant moi. Mais non, rien de rien, pas de pixels noirs grossis à 400 % dans cette masse blanche.

Je rentre triste, je me sens nue, pourtant je porte beaucoup de vêtements, mais le sentiment reste. Je suis nue.

Entre temps, pour se faire plaisir mon petit bâtard a décidé de se créer sa propre neige dans la maison. Il déchiquète des tonnes de mouchoirs et de papiers, pris allégrement dans les poubelles.

Désespérée, je retourne chasser dans mon bureau. Qui sait, je vais peut-être apercevoir mon iPhone dans cette masse de couleurs… Bruno, le chien finira par venir me lancer sa balle, et me montrer avec fierté son nouveau manteau fait de boules de papiers.

Bang bang t’es mort

Bang bang t’es mort

J’allais commencer à écrire sur la nouvelle année et les résolutions déjà pas tenues 24 jours après le 1er janvier, pis je trouvais ça plate, pis je me disais que j’avais sûrement quelque chose de mieux à dire, que je voulais pas encore me plaindre de mes problèmes d’écriture pis de mes personnages torturés (vous ne perdez rien pour attendre, je le ferai la prochaine fois). Et comme toujours, dans les moments difficiles, Facebook est venu à ma rescousse : « Une téléréalité littéraire (eh! oui!) ». Un clic plus tard, je lisais un article d’Isabelle Beaulieu sur le site Les libraires à propos de la fameuse téléréalité.

Eh! oui!, la téléréalité s’immiscera aussi dans le monde littéraire. Vingt écrivains seront invités à s’installer au château de Brillac, situé à Foussignac, une petite commune française de quelque 600 habitants près de la région de Cognac. Le défi? Les auteurs claquemurés dans ledit château auront vingt jours pour écrire un roman collectif.

On pourra suivre 24h/24 sur la plateforme de l’émission des images prises par les caméras – car il y en aura une dans chaque pièce.

Et bien sûr, comme toute bonne téléréalité, les littéraires n’échapperont pas au spa et à la piscine chauffée. Après tout, il faut bien détendre les cerveaux surchauffés. Et pour écrire de bonnes aventures, ne faut-il pas d’abord en avoir beaucoup vécu soi-même?

Wow minute! Est-ce que j’ai envie de voir des littéraires, des auteurs, écrire collectivement, dans l’urgence et sous des caméras, on est pas loin de Saga de Benacquista là, et en plus se dandiner maillot de bain dans une piscine? Qu’est-ce qui me dérange le plus dans le fond, l’urgence ou le spa? Connaissant un peu les littéraires, ça risque de mal tourner cette affaire-là, surtout que le tournage aura lieu dans un château en plein coeur d’un vignoble.

Et qu’est-ce qu’on va voir? Des personnes devant leur ordinateur, se triturer les méninges sur un paragraphe récalcitrant? Ou s’obstiner (ce sont des Français tout de même), sur le mot juste? L’organisateur promet des séances de réflexion, des lectures, des échanges sur le rôle du livre, et des intervenants comme des éditeurs ou des libraires. Je sais pas pour vous, mais moi, ce que j’aime dans les téléréalités c’est quand les participants s’engueulent, se saoulent et deviennent disgracieux. Est-ce que les auteurs sauront le faire? J’espère bien que oui.

Pour en revenir à la flotte, Dany Laferrière s’est souvent exprimé sur la baignoire comme son lieu de lecture de prédilection (vous pouvez l’entendre en parler ici), mais est-ce que les candidats seront sélectionnés selon leur physique ou leur talent littéraire? Leurs beaux yeux ou leur plume assassine? Pour poser sa candidature (les aspirants ont jusqu’au mois d’août pour le faire), la seule condition est d’avoir publié un livre. À ce propos, il faudrait bien que des écrivains québécois posent leur candidature. Mais qui? Certainement pas Marie Laberge, quoiqu’avec sa couette, elle pourrait se distinguer. C’est important en téléréalité.

Isabelle Beaulieu pose tout de même une excellente question, « Et pour écrire de bonnes aventures, ne faut-il pas d’abord en avoir beaucoup vécues soi-même? » J’ai pas la réponse, mais en tout cas, depuis 2 semaines, je regarde Série noire, pis pour l’instant c’est exactement le créneau : 2 scénaristes qui après avoir écrit une série judiciaire descendue par la critique à cause de son manque de crédibilité, décident d’expérimenter les péripéties qu’ils mettront par écrit pour la 2e saison. Et c’est tout simplement génial. Et drôle. Et pathétique. Et dramatique. Les scénaristes sont interprétés par François Létourneau (aussi scénariste de Série noire, il était derrière Les Invincibles) et Vincent-Guillaume Otis (c’est la première fois que je le trouve bon). J’ai tellement le goût de les voir continuer à se pêter la gueule et à sombrer encore plus!

Je le sais, je viens encore de passer une heure à chialer (même si tu as mis 2 minutes à lire mon texte), mais les littéraires, on aime ça chialer, s’énerver tout seul, pu se pouvoir, se déchirer la chemise, mettre les autres au pilori, lire leur livre pour mieux les démolir… (7 ans d’université en lettres, c’est pas toujours heureux). Pis c’est peut-être pour ça que Académie Balzac pourrait être surprenant (en l’écrivant j’en suis pas si sûre). En tout cas, pour l’instant je me pitche dans Série noire pis je continue d’écrire mon roman dans mon bureau tout rénové avant Noël, parce qu’un beau bureau, c’est beau. Pis que j’ai pas le goût de tuer (fictivement) personne, mais ça ne saurait tarder.