La reine du sous-sol

La reine du sous-sol

Le mardi après-midi, c’est à nous. On parle, on jase, on se bouge les fesses à la zumba et on va au sous-sol d’église. Les mains dans la poussière et sous l’éclairage flatteur de la grande salle bordélique, on part à la recherche d’objets pour les projets de San et des bébelles pour la maison d’Annabelle.

Cette semaine, on devait trouver des chapeaux, des lunettes, des foulards, des robes, pis des manteaux. Tout ça parce que Sandra a encore plein d’histoires dans sa tête. Cette fois-ci, elle va se rendre au Centre de cancérologie de Laval. Toujours dans ces idées de grandeur. Rappelez-vous son souhait de conquérir l’Arctique?

Faque on a fouillé sous des tonnes de tissus tous plus bizarres les uns des autres pour trouver son bonheur. « Bouge pas Anna, tu peux enlever ton gilet et essayer ça, s’teplait?? Viens ici, j’ai besoin de ta tête pour voir c’est quoi ça donne ce chapeau? » Anna se sent un peu ridicule, mais pour la cause, elle se sacrifie. Résultat : Anna a l’air d’une ménagère frustrée de 1979, la touche glamour-kitsch-rétro-juste-assez-bizarre pour que tout le monde les regarde.

En échange de cette parade de mode improvisée et succulente, après être passées dans le rayon des vêtements (eh oui, ils vendent des sous-vêtements usagés dans les sous-sols d’église, mais on approche jamais du bac), les filles montent au 2e étage, enfin en haut, où se trouvent les meubles. Chaque fois, la même histoire se répète : quand Anna spotte des affaires, elle regarde Sandra : « On peux-tu faire de quoi avec ça? » C’est toujours Sandra qui les retape (elle est vraiment bonne avec ses deux mains), les utilise pour ses projets de photo et les redonne à Anna. C’est qui qui trouve le plus son compte là-dedans?

Nicole, dit Madame Nicole est la reine du sous-sol. Elle fait les prix à la tête du client, crie des ordres à ses disciples et nous donne même des conseils déco. « Tsé, les filles, ma sœur a acheté des grosses cruches à lait, pis elle a peinturé dessus les 4 saisons. C’est ben ben beau. Chez les antiquaires, ça vaut vraiment cher. Pis ste chaise-là, c’est du vrai  bois pis c’est ben solide. Tu peux mettre ça dans ton entrée. L’hiver c’est ben pratique. »

On avait spotté 2 chaises pis 2 p’tits bancs. « Pour les chaises, 4 $, pis les p’tits bancs, 5 $ Stu correct ça les filles? » Madame Nicole a le don de nous parler. On l’aime. Surtout quand elle crie.

De retour chez Anna, les mains pleines de vieilles affaires, on avait un problème. Pu de place chez Anna. Martin, Béatrice, Gilbert, Marie, Adrien se sont installés chez elle pendant l’été, pis là, plus moyen de placer nos belles bébelles. Elle a le cœur sur la main Anna et pouvait pas laisser ses personnages à la rue. On leur fait donc de beaux fauteuils.

On ira te revoir bientôt chère Madame Nicole. Sandra a besoin d’autres vêtements et accessoires pour un projet secret avec Anna. Pis des bébelles, on en a jamais assez. 

Les poutines de la liberté

Les poutines de la liberté

Ce n’est pas un secret, mon roman se passe dans un casse-croûte. Je sais pas trop pourquoi j’ai choisi cet endroit. J’aime les frites modérément, les poutines beaucoup, je n’y ai jamais travaillé, même si j’ai cuit beaucoup de frites et servi beaucoup de poutines quand j’étais ado.

À 16 ans, je me trouvais bien cool. J’avais un chum qui faisait du snowboard. Il avait une petite moustache et un manteau jaune moutarde. Je capotais. On se retrouvait avec d’autres amis les soirs de semaine au mont St-Bruno. On fumait plus de joints qu’on dévalait les pistes, mais bon on était cool. Pour avoir ma passe gratuite, j’ai postulé au restaurant de la station. Et là, WOW! On m’a attitré à la friteuse et au mets le plus convoité de la montagne : la poutine. À chaque shift, j’en faisais des tonnes, pis j’étais ben fière. Frite-fromage-sauce, frite-fromage-sauce. Même Thérèse serait capable, quoique.  

Mon amour des casse-croûte ne m’est pas venu cet hiver-là. En fait, je pense que pour moi, c’est comme un symbole de liberté. J’y vais seulement quand je sors de Montréal, quand je suis en vacances (passer le pont Jacques-Cartier, pour moi, c’est déjà être en vacances). Chaque ville ou village a son casse-croûte, son boui-boui à frites, son comptoir graisseux, sa cabane à patates chambranlante. On a l’impression de goûter un petit bout de province quand on s’y arrête.

Sandra vient des Cantons-de-l’Est et chaque fois qu’on descend voir sa maman à Chartierville, on arrête chez Monique & Marie-Paule. C’est tellement bon, tout est fait maison (même la tarte au sucre), mais le mieux, c’est l’ambiance et la chaleur des proprios. En plus, ça se connaît dans ce coin-là, donc Sandra jase avec tout le monde, pis la vue sur les montagnes est à se jeter par terre.  

En fait, non, je le sais très bien pourquoi mon roman se passe dans un casse-croûte. Il y a tout ce que je viens de vous dire, mais il a aussi qu’une de mes tantes a toujours rêvé de faire un livre sur les meilleures cabanes à patates. À une époque, elle les prenait en photo. Avec elle, aller chercher un hamburger et des frites relevait de l’aventure et je pense qu’elle m’a donné la piqure. Pis en plus, c’est comme mon petit espace de rébellion : mon papa est chef cuisinier et s’il aime bien une fois de temps en temps un petit steame, mettons qu’on mangeait pas trop dans les cabanes à patates quand j’étais petite.

Mon roman a pas juste lieu dans un casse-croûte. C’est sur que c’est le centre d’attraction, là où travaille Marie, ma grande disparue. La Baraque, c’est son chez elle. C’est aussi mon chez-moi, mes vacances, mon espace de liberté. Et ça, ça vaut toutes les poutines et les steame de la terre.

 

Poutine2 Est-ce que c’est juste moi, ou une poutine en photo, c’est dégueu? 

« Les hommes, c’est de la viande crue »

« Les hommes, c’est de la viande crue »

Je suis de retour dans la grande métropole. Déjà un festival et un lancement derrière la casquette… Ça va pas mal plus vite au sud. Faut dire qu’il y a un peu plus de monde au pouce carré. Après qu’il ait dévoré toutes les tomates de mon balcon, j’ai dit à Annabelle : « Check mon chien. J’ai besoin de grands espaces. » Depuis le temps qu’elle veut me le voler, j’ai eu peur qu’elle le fasse disparaitre.

Donc je suis partie pour une tournée rapide en Gaspésie dès mon retour d’Inukjuak. J’ai une expo en ce moment dans le cadre des Rencontres Internationales de la Photographie en Gaspésie, à Cap-Chat plus précisément. J’y ai effectivement rencontré des photographes, d’ici et d’ailleurs. Et des gens, qui visitaient les expos. Je parle de tournée parce que nous avons traversé la Gaspésie ensemble, d’expo en expo, pour découvrir les œuvres de tout le monde. Lors de ma présentation on m’a demandé : « Pourquoi deux femmes et un steak cru? » La seule chose qui m’est venue à l’esprit : « Les hommes, c’est de la viande crue. »

À mon dernier repas je veux voir mon prince charmant

De retour à Montréal, j’enclenche plusieurs projets, activités, et sorties. Faut dire qu’après deux mois de disette, les cocktails et le vin rouge des vernissages et des lancements m’ont manqué. Par contre, c’est intense de se retrouver dans un tout petit espace avec plein de monde dedans… Il fait chaud – car oui j’ai encore chaud, ça va surement passer. Il y a pleins d’odeurs, car il fait chaud, et il y a un peu moins de vent au sud pour dissiper tout.

Je regarde encore au loin, espérant croiser du regard un animal. À part des écureuils enragés et quelques chiens, rien de phénoménal pour le moment. L’espèce humaine me rassasie bien par contre. Il y a toute sorte de monde à Montréal… des petits, des grands, des barbus, des gros, des chauves, des jolis, des gentils etc. Le souci avec cette espèce, c’est que ça parle. Mais c’est correct, je suis bavarde. Petite, mon père pariait avec moi que j’arriverais pas à me taire pendant deux minutes, le tout pour un beau deux piastres en papier que je n’ai jamais eu…

Deux mois de marche à porter mon appareil photo dans le coup… Résultat des courses : une visite chez l’ostéopathe. Mon dos c’est de la compote. Pas super quand tu dois reprendre le boulot… Ben oui il le faut bien…  Je reprends le métro, boulot, dodo. Mais j’ai plus d’une carte dans ma manche. Trois projets qui s’enclenchent en même temps. J’aime ça être overbookée.

Mes prochaines aventures de création se dérouleront dans un centre hospitalier, à Laval. Vous allez me dire que c’est moins exotique qu’Inukjuak, Laval. Ça reste à voir. Je vais également créer des décors en tout genre et vous inviter à venir faire tirer le portrait. Et pour finir, je vais bosser avec des femmes qui auront pas mal d’histoires à raconter…

Forrest Gump dans ma soupe

Forrest Gump dans ma soupe

« La vie c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Télé-Québec diffusait mardi passé Forrest Gump (j’adore ce film, je connais presque toutes les répliques, en version française s’il vous plait!) et même si je le regardais pour 34e fois, je me suis encore une fois laissée embarquer dans l’histoire abracadabrante de ce simple d’esprit interprété par Tom Hanks. Et là, en voyant l’interprète dans sa belle chemise bleue à carreaux, je me suis rendu compte que Tom Hanks ressemblait plus pantoute à ça.

C’est sûr, le film date de 1994! Vingt ans l’an prochain! Et peu de gens le savent, mais Forrest Gump, c’est un livre au départ. Winston Groom l’a publié en 1986, mais a seulement connu du succès quand le film est sorti. Groom écrit surtout des romans sur la guerre du Vietnam, lui-même y ayant servi entre 1965 et 1969.

On apprend plein d’ affaires sur la page Wikipédia de Forrest Gump, comme que dans le livre, le personnage de Forrest est atteint du syndrome du savant… ce qui aurait voulu dire que notre Forrest de l’écran, en plus de son léger retard mental et de ses talents en ping-pong ou en football, aurait eu une ou des compétences extraordinaires qui auraient été en contraste avec le reste de ses capacités. Par exemple, Groom donne à son Forrest 100 % dans un examen de physique. Mais le plus surprenant, c’est que l’auteur le fait aussi lutteur professionnel, astronaute et joueur d’échecs! Comme si  joueur de football universitaire, héros de la guerre du Vietnam, pêcheur de crevettes, actionnaire d’Apple et inventeur du « smiley » était pas suffisant.

Autre chose que j’ai apprise et qui me fait bien rire : Bill Murray et John Travolta ont refusé le rôle de Forrest Gump! John Travolta en idiot de l’Alabama! Je ne suis pas capable de me faire à l’idée…

Tout ça pour dire que j’aime Forrest (en plus de Martin) et que son histoire (celle du film, pas du livre, car j’ai déjà essayé de le lire et que j’ai jamais fini), aussi quétaine soit-elle, m’inspire dans ma propre écriture. Qu’est-ce que Forrest Gump vient faire dans un casse-croûte québécois? Je pourrais toujours m’imaginer ce qu’il commanderait, mais non, ce film me fait rendre compte que ça prend des personnages forts, peut-être pas aussi stéréotypés, mais forts pour que mon histoire soit intéressante.

Il y en a seulement quelques-uns dans le film, mais quels personnages! À commencer par Jenny, ma préférée, et la merveilleuse maman de Forrest (le meilleur rôle de Sally Field), le lieutenant Dan ou Bubba, sans compter Forrest lui-même : chacun a une personnalité incroyablement bien développée et est un esprit libre, sans compter que dans le film on fait aussi la rencontre d’Elvis Presley, de John Lennon, de 3 présidents américains et d’Abbie Hoffman.

Et si je faisais passer Renée Martel ou René Lévesque par La Baraque? Pas sûr…

Même si Travolta n’a pas eu le rôle, il a tout de même été en nomination en 1995 pour Pulp Fiction, mais l’Oscar a été remporté… par Tom Hanks.

 

Back to the renard

Back to the renard

Ça y est. Le miracle a eu lieu : Sandra et Annabelle ont passé leur première soirée ensemble depuis le mois de juin. Ensemble dans la même pièce avec des amis pis de la bouffe. Parce qu’on a fait une grande bouffe pour le retour de Sandra d’Inukjuak. Elle a pris l’avion dans l’autre sens. Vers le sud. Deux arrêts, et hop Montréal en gros plan.

Annabelle était stressée. Elle avait préparé un bon repas pour sa copine. Sandra avait 2 demandes : des fruits et légumes et de la bière frette. Il y avait d’autres amis dans la pièce, on a ri, on était gênés parce que ça faisait longtemps qu’on s’était pas vus et qu’il était lundi soir, tard.

La première chose que Sandra a dit en arrivant dans sa cuisine (Annabelle avait tout préparé et attendait dans le noir) : J’ai chaud! Après 7 semaines dans le Grand Nord, Sandra bouillait dans la ville. Mais c’était quand même la plus bronzée de nous autres. On la soupçonne de s’être transformée en renard à cause de sa peau d’or. D’ailleurs, elle a rapporté dans ses bagages une peau de renard roux. Elle sent un peu bizarre — la peau, pas Sandra —, mais on va l’utiliser pour nos prochains projets.

Parce que des projets pis des idées on en a à la tonne. Vous pensiez que Check mes tomates durerait seulement l’été? Ben vous vous trompez. C’était juste un début. Sandra a des expos de prévues et des projets en branle et Annabelle peut pas laisser tomber Martin, en plus Montréal, l’automne, c’est ben beau.

AnnaSan

Martin, je t’aime

Martin, je t’aime

Est-ce que c’est possible de s’éprendre d’un de ses personnages? Je sais pas comment ça s’est passé, mais Martin, le cuisiner de La Baraque dont je vous ai parlé, est arrivé dans mon roman et depuis depuis 2 semaines, je pense beaucoup à lui. C’était pas prévu qu’il prenne autant de place dans ce texte-là et dans ma tête aussi.

J’ai eu tellement de fun à écrire sa version de la disparition de Marie, que je vais lui redonner la parole, plusieurs fois, je pense. En fait, il mène secrètement sa propre enquête sur la disparition de sa boss. Il est convaincu qu’elle n’a pas pu s’évaporer de son plein gré, mais qu’elle a été enlevée. Par quoi? Par qui? Il ne sait pas (moi je sais!). Mais il recueille quand même plein d’indices, fait des recherches, souvent infructueuses, pense qu’il pourra faire mieux que l’inspecteur dépêché sur place, car il connaît mieux Marie que lui.

En fait, Martin aime secrètement Marie. Mais Marie, évidemment, ne voit rien. Martin, c’est son chef, son cuisinier. Ils sont toute la journée ensemble au casse-croûte et elle voit en Martin, un ami, un allié, mais pas un chum, même pas un amant.

J’aime vraiment ça me mettre dans la peau de ce gars-là. Je deviens aussi illuminée que lui. Je n’ai qu’un objectif en tête : retrouver Marie, coûte que coûte. Je suis les pistes que je lui ai laissées et je suis toujours surprise de comment il réagit. Il est un peu innocent dans le fond, il est plus guidé par son instinct de chasseur que par sa réflexion. Il croit naïvement que Marie va lui tomber dans les bras quand il l’aura retrouvé. Allez Martin, un petit effort, tu n’es pas loin de la retrouver, se dit-il pour se motiver. Car il y a une toute petite part de doute dans son esprit, mais il ne se laisse pas démonter par sa raison.

J’ai l’air ben enthousiaste de même, mais je doute aussi beaucoup. Martin me donne confiance. Il s’écrit presque tout seul. En tout cas, il prend des décisions que j’aurais jamais prises. Et ça c’est qui me fait continuer. Je veux savoir quels gestes il va poser. Comment il va la retrouver? Est-ce qu’il va y arriver? Pour l’instant je ris dans mon coin et je continue de donner des indices à Martin. Parce que Martin, je l’aime, mais je sais pas si je vais le laisser résoudre son enquête.  

La traque…

La traque…

Je sens en moi le désir d’aller voir le territoire à la recherche des caribous.

Hier, une autre journée sous le soleil. Nous avons enfin un semblant d’été. Par contre, ça ne vient pas sans inconvénient : les moustiques. Pour ceux qui pensent un jour venir dans le Grand Nord, achetez pour une survie sans transfusion « Great outdoors » de Watkins. Disponible dans toutes les grandes surfaces.

Bref, pour faire changement, je suis allée me balader. Je suis sortie du village pour m’aventurer vers la toundra. Il y a tout de même un chemin. Je ne suis pas folle, je ne vais pas sortir des sentiers battus, comme ça. Personne ne sait quand je pars ou quand je reviens, donc si je me perds, personne ne va le savoir. Peut-être mes amis au Sud, mais ils vont penser, je crois dans un premier temps, à une coupure du service internet plutôt qu’à une disparition soudaine dans la toundra. Je vais avoir le temps de mourir et de perdre tout mon sang avant que quelqu’un me trouve. Je reste donc dans les espaces où une route est encore visible.

Je me suis rendue au lac, le premier le long de cette route. Car ce n’est pas ce qui manque des lacs dans le coin. Je regardais la nature s’épanouir sous le soleil, je marchais tranquillement en observant des souris des champs se chamailler. Quand tout à coup, en me relevant la tête, je vois devant moi un caribou. Surprise, car je n’en avais pas croisé près du village depuis le début de ma résidence. Ceux que j’avais vus étaient à plus de 2 h 30 de canot. Donc, il était là devant moi à me regarder l’air de dire que fais-tu là. Excitée comme une folle je prends mon appareil photo qui pendait à mon cou et je commence à faire des photos. Ce con il s’est mis à bouger et j’ai du le suivre. Je continuais à prendre des photos de lui, comme si le pape en personne était devant moi.

Toutefois, j’en ai oublié toutes mes notions de photographie, je ne pensais qu’à le suivre. Mon appareil était réglé comme toujours sur le mode manuel, j’en oubliais de changer ma vitesse d’obturation, ma mise au point et ainsi de suite. Une vraie gamine, devant ces cadeaux à Noël. Je le suis, je cours toujours avec mon appareil dans le cou. Il passe une butte, je le perds. Bon il faut dire que ça va plus vite que moi ces bêtes-là. Je me mets à regarder partout. Je le vois sur une colline devant moi. Je le regarde, il mange. Je suis en pâmoison. Je regarde au loin s’il n’y a pas de chasseur dans le coin, question de leur signifier la présence de la bête. Un VTT était en vue, je les fais s’arrêter et leur demande : « Vous êtes des chasseurs? Il y a un caribou juste là ». Un mec débarque et me dit : « Où ça? » le caribou était parti. Je croise un autre chasseur, je lui dis ma découverte comme si celle-ci valait de l’or. Il me regarde et me dit : « Il y a en beaucoup juste là derrière, je viens justement d’un tuer un. Je cherche ceux qui sont un peu plus en chair. » Ma découverte faisait tout simplement partie d’un lot…

Je rêvais de Roger

Je rêvais de Roger

Ma dernière tentative de disparition m’a mené en Gaspésie, dans la baie des Chaleurs. J’ai choisi le village le plus loin et le plus calme qui soit (Nouvelle, près de Carleton-sur-Mer) et j’ai écrit toute une semaine. C’est dur de disparaître. Voyez plutôt le martyre que j’ai enduré à mon bureau/table de pique/face à la mer. La nappe carreautée rouge et blanc, c’était juste pour me sentir en période sérieuse d’écriture.

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Comme mon roman se passe dans un casse-croûte (Marie est la propriétaire d’une cantine : lire le résumé), j’ai décidé de profiter des vacances pour les fréquenter à outrance. Pas à tous les jours, même si j’aurais voulu. J’adore les casse-croûte! Ils ont tous des décors weirds et/ou rétro et des détails bizarres qui font qu’ils sont tous uniques. En plus, les proprios ont toujours plein d’histoires à raconter quand ils ne crient pas sur leurs employés. Ceux que je préfère ont des photos de personnalités un peu grasses et jaunies et des homards en plastique sur les murs.

Mon best off de casse-croûte 

1. Cantine chez Roger – Ste-Flavie. Sur le bord de la 132, on a fait un détour pour y aller. J’ai mangé une guedille au homard (que ma belle-maman française a appelé une guenille l’été passé) et des clams frites. J’ai pris des tonnes de photos. Le meilleur casse-croûte du monde.

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2. Casse-Croute O’Migoua – St-Omer. Il y a un homard en bois sur la devanture et des nappes avec des fruits. Nous sommes arrivés à 19 h 58 et ils fermaint à 20 h. On a eu raison de résister aux gros yeux de la proprio. Guedille au homard et fish and chips. Tout était bon, maison et les portions étaient épouvantables!

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3. Casse-croûte La clé de sol – Nouvelle. J’ai flanché. Après être passé devant la pancarte « Menu varié et poutine de la mer » plusieurs fois, j’ai commandé une poutine de la mer. Avez-vous déjà goûté à ça? Crevettes, pétoncle, crabe, sauce blanche, fromage et frites. Eh ben, c’est dans mon top 10 des meilleures poutines du monde.

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Le casse-croûte de Marie, je l’ai appelé La Baraque. Un clin d’oeil aux « baraques à frites » du Nord de la France. J’aimerais qu’elle soit aussi belle et les plats aussi savoureux que la Cantine chez Roger. Depuis le début, je m’étais pas rendu compte que je m’inspirais de ce casse-croûte. J’étais comme attirée, je voulais vraiment y aller. Une escapade gaspésienne sans la Cantine Sainte-Flavie, c’est impensable. Une fois le char dans le parking, j’ai compris que je rêvais de Roger.

Des semaines d’écriture, j’en prendrais tout le temps. Ça m’a donné un air d’aller pour l’automne. Et toutes mes tentatives de disparition m’ont aidé à me concentrer et à imaginer comment Marie pouvait disparaître. Elle n’est plus là, ça c’est sur. Et tout le monde autour d’elle est convaincu de connaître la vérité. J’ai eu beaucoup de fun à écrire le chapitre sur la version de Martin, le chef de La Baraque. Il croit que Marie s’est fait enlever et il mène sa propre enquête. J’aurais disparu se transforme en thriller-policier-gourmand-psychologique sur fond de friture et de vents salés. Je continue ma quête du casse-croûte idéal. 

Les week-ends à Inukjuak.

Les week-ends à Inukjuak.

Il pleut, j’irais bien au cinéma ou au théâtre. Mauvaise réponse. Il n’y a pas de cinéma, pas de théâtre, pas de restaurant et même pas de « dance floor » à la salle communautaire. À vrai dire, le village est assez désert. Pendant la période estivale, beaucoup de gens quittent le village, ils vont dans leur campement, ou plus au sud, ou encore dans un autre village du Nunavik. Pour ceux qui restent, le week-end est l’occasion de partir à la pêche, à la chasse, ou tout simplement d’aller camper dans les îles. Comme je ne possède ni canot, ni VTT et encore moins de tente, je ne peux pas partir les week-ends à la découverte du territoire.

Il me reste comme divertissement les balades, pour photographier le paysage, la lecture (merci Annabelle de m’avoir donné plein de livres à lire, même si j’arrive déjà au bout de ceux-ci), la télé (après avoir revu X-Men trois fois, et comme les canaux intéressants sont bloqués, je regarde des séries que j’ai déjà vu), et internet sur lequel tu ne peux pas regarder de vidéos, car la connexion est trop lente. J’ai une petite radio – oui oui ce truc qui capte le Fm et le Am, mais je capte que deux fréquences, soit le canal Fm du village qui ne fonctionne pas le week-end, car tout le monde est parti, et CBC Nunavik.

Une chance que j’aime ça la musique country. Je réussis par moment à me connecter à la première chaine de radio Canada via internet, car le week-end la connexion est meilleure. Il n’y a personne sur le réseau. Il faut savoir qu’ici le réseau est fourni par satellite, donc par mauvais temps (ce qui arrive régulièrement ici), la connexion est interrompue. Il y a une semaine nous avons été coupés durant plusieurs jours.

Pour me changer les idées, je me suis rendue à la coop pour faire mes courses. Parenthèse, quand je fais mes courses, j’achète des provisions seulement pour deux ou trois repas. Faut dire que ça fait partie de mes activités de divertissement d’aller acheter à manger. Donc, je me suis rendue à la coop faire mes achats. Au moment de payer, je sors ma carte et on me dit : « Désolé, pas de réseau, pas de paiement par carte ».

En plus, tout est fermé le dimanche.

Une chance que Raisa soit là. On parcourt ensemble les étendues de roche et on s’extasie sur les champs de petits cailloux parmi les masses impressionnantes des grands rochers, on discute de leurs couleurs et de leurs formes particulières. On va voir les chiens, on caresse leurs bébés, on discute avec les enfants qui jouent, et on recherche des animaux : ceux que l’on trouve sont le plus souvent morts. Hier soir, nous avons soupé ensemble et dansé dans le salon sur la musique entrainante de CBC Nunavik. C’est bizarre à dire, mais ici je préfère les lundi…

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Mes princesses

Mes princesses

Mon projet se développe enfin.

J’ai réussi à me trouver quelques princesses. Je m’étais inventé toute une histoire sur une femme qui attend désespérément son fiancé. Bon, je me complique souvent les choses. J’ai écrit tout un scénario, dans lequel il y avait ben du monde et ben des shots. On allait partout, on faisait un film. Un peu mégalo la fille. On se calme, on regarde ce que nous avons entre les mains et on analyse. Ce que je n’ai pas: une équipe, du matos d’éclairage, des techniciens et d’autres affaires. Par contre, ce que j’ai à disposition et que j’ai souvent pris en photo depuis le début de mon arrivée : de magnifiques paysages. On va faire avec ça et je dois avouer que c’est déjà beaucoup.

J’ai rencontré Penina, une adolescente du village qui a accepté généreusement de faire des photos avec moi. Nous avons commencé par faire sa tenue, car lors de la confection j’avais encore l’idée de faire mon projet de princesses éplorées. On passe une journée entière à trouver de la fourrure, des accessoires et l’essentiel: un parka. On a coupé, cousu, arrangé et préparé les mises en scène. Nous avions prévu  de commencer les photographies dès le lendemain.

 

Pas de chance pour nous, le soleil nous a boudés, et ce pendant plusieurs jours. À un moment donné, le soleil a daigné faire acte de présence. On est parties heureuses vers la toundra. Je voulais pour une des photographies des bois de caribous. On s’est rendu dans la toundra en VTT à la recherche de ceux-ci, on en a vu au loin. Penina m’a dit : « je vais aller les chercher avec le Honda ». Elle a pris la direction des bois de caribous. Tout d’un coup, j’ai remarqué qu’elle n’avançait plus. Le VTT a été englouti dans la boue. Elle a été prise, incapable de sortir de là. On a dû rentrer au village, chercher de l’aide. Après 1heure de marche, on est enfin arrivées au village. Son père n’étant pas là, on dû attendre le soir venu pour retourner chercher le VTT.

La journée de shooting était donc à l’eau, ou plutôt dans la boue.  J’ai appris au même moment que Penina partait pendant plus de 15 jours pour des compétitions sportives. Retour à la case départ, j’avais plus de modèle. Heureusement, elle m’a présenté sa cousine.

 

J’ai du recommencer tout le processus. C’est à ce moment là que j’ai réalisé que j’allais faire simple. Je dois avouer que c’était ma meilleure idée depuis le début de cette résidence. De plus, mon nouveau modèle n’a que 13 ans et sa copine qui par le fait même a accepté de faire les photos a le même âge. On ne possède plus de VTT, on doit tout faire près du village. Ça a bien donné, je commençais à savoir part cœur où trouver les beaux spots et les plus beaux chiens. Dans le fond, je me suis dit : « Des roches c’est beau, la plage, ça fait rêver, on va donc faire les photos là ».

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