D’Inukjuak à Hanoi

D’Inukjuak à Hanoi

Je suis partie il y a tout juste une semaine, le lundi 2 février. Et je peux vous l’affirmer sans détour : c’était dans un autre monde, c’était une autre moi. Depuis mon arrivée à Hanoï, mercredi soir, je flotte, je plane, je décolle, je m’écrase. Car oui, c’est un choc et l’impact initial n’est pas le pire moment à passer.

Un choc physique d’abord, quelque 35 heures de déplacement, vols, transferts, attente entre Montréal et la capitale vietnamienne, m’ont laissées vidée, exténuée, déjà que l’angoisse pré-départ avait fait son travail sur mon fragile équilibre psycho-émo-boulot.

Puis un choc spatial. Comme si une météorite géante m’était rentrée dedans et que depuis j’essayais de rassembler tous les petits morceaux de mon moi éparpillé dans l’univers chaotique d’Hanoï.

Car oui, en ce moment pour moi, mais moins chaque jour qui passe, je peux vous l’assurer, le chaos ressemble à Hanoi. Un beau chaos chaotique, certes, touffu et dense. Une falaise abrupte mais magnifique, dangereuse, où les prises sont rares, mais tellement apaisantes lorsqu’elles surviennent.

Aujourd’hui, lundi 9 février, je commence à retomber sur mes pattes. Je me fraie un chemin plus aisément entre les milliers d’autos, de scooters, de vélos et de vendeurs ambulants. Je peux marcher des petits bouts sans avoir les yeux rivés sur une carte indéchiffrable. Mais, surtout, j’ai retrouvé un petit peu mon rythme et mes habitudes déambulatoires, et juste cela me rend euphorique. Yeah! Je souris toute seule et ça, c’est bon signe.

À l’été 2013, Sandra était à Inukjuak. Seule. Oui, seule, car isolée dans un village de 1600 âmes. Avec rien autour sauf de la toundra, des plages vides et la possibilité d’aller chasser et pêcher avec ceux qui la laissaient s’approcher. Elle en a tiré de magnifiques photos (qui seront exposées un peu partout en 2015! Je suis tellement fière d’elle!), mais sur le coup, disons que c’était pas rose tous les jours. Je compatissais avec elle, l’aidais du mieux que je pouvais – on se jasait sur Skype presque quotidiennement –, mais je ne pouvais comprendre tout à fait sa détresse.

2015-02-08 17.02.07

Sandra m’a offert ces boucles d’oreille en bois de caribou quand elle est rentrée d’Inukjuak. Je les porte devant quelque chose comme un pont Jacques-Cartier en miniature très rouillé.

J’imagine que les semaines qu’elle a été là, son enfer et son paradis (allez les références catholiques!) à elle ont été ce village du Nord. Son enfer, mais aussi sa raison d’être, car elle y allait appareil photo au cou et projet dans la tête. Comme si on aimait et détestait toujours en même temps et qu’il fallait que ça écorche pour que ça vaille la peine. C’est cliché, certes, mais dans ma situation, là, maintenant, ça me fait du bien de me le répéter. Je me dis que je n’ai pas fait tout ce chemin pour rien et que ma décision de partir 3 mois seule était un élan du cœur, tellement réfléchi et idéalisé avec le temps, qu’il est devenu une décision assumée pleinement, bien sûr avec le lot de hasards et de coups de tête que cela comporte.

Donc, depuis mercredi, j’alterne entre plaisirs intenses et découvertes incroyables, et accablement puissants et déprime sournoise. D’un naturel joyeux et optimiste, j’ai plus de hauts que de bas, mais les bas font plus mal aussi. J’ai le moral, oui, mais mon corps ne suit tout simplement pas. Je ne dors presque pas depuis mon arrivée. Le décalage horaire (ou le stress, l’angoisse, le dépaysement, le fait d’être seule, mettez ici ce que vous voulez) me tue. Je suis un zombie fonctionnel le jour et une terrible insomniaque hyperactive la nuit.

Je bois de l’eau, me repose, écoute les sons de mon corps, fais seulement ce que j’ai envie sans stress ou horaire précis, mange des trucs santé (je suis si heureuse, je ne suis pas malade, et la bouffe est au-dessus de l’incroyable), et tente de retrouver un rythme normal.

Des somnifères? J’en ai jamais pris de ma vie, pourquoi commencer maintenant? (Solution à considérer si je n’ai pas dormi dans 6 jours.) M’assommer à l’alcool? Je n’ai pas vraiment envie de boire et étant une buveuse sociale, là je suis seule, donc non (c’est pas vrai, samedi j’ai été au vernissage de l’expo Life of Têt à la Art Vietnam Gallery et j’ai bu une bière avec des expatriés et des Hanoïens, dont le peintre Nguyen Cam dont, j’ai beaucoup aimé le travail et la discussion), je ne boirai pas pour m’assommer.

Reste l’écriture. Une bouée d’air frais dans cette ville polluée et incroyable. Je tiens un journal/carnet, je ne sais pas trop comment l’appeler encore. Et je prends vraiment du plaisir à mettre sur papier tout ce qui est pogné en dedans. Sinon, je suis déjà repartie à la recherche de Marie. Elle est polymorphe et cachottière, ma narratrice. Je l’aime bien comme ça.

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