Vietnam, je t’aime moi non plus

Vietnam, je t’aime moi non plus

L’adage dit que ça prend 21 jours pour s’adapter à une situation nouvelle. Aujourd’hui, lundi 2 mars il y aura un mois que je suis disparue de Montréal. Deux jours plus tard, le 4 février, je mettais les pieds et la tête au Vietnam. Un soir de la semaine dernière, j’ai dansé seule dans ma chambre d’hôtel d’Hanoï en redécouvrant le dernier Arcade Fire que j’avais boudé pour aucune raison valable à sa sortie.

Comment résumer ces quelques semaines? Franchement, je ne sais pas. Il y a eu des moments de déception et d’autres de pur plaisir. Comme sur l’île de Cat Ba entre le 14 et le 21 février. J’y étais pour les célébrations de la nouvelle année vietnamienne. Plage, randonnée, kayak, plage, balade en scooter, et re-plage. Et bonne bouffe, et plusieurs bières avec un couple d’Allemands qui me manque beaucoup, Sarah et Philipp, mais aussi des Français, des Danois, des Roumains et des Espagnols. Une île et une ville tournée vers le tourisme – et infernale l’été m’a-t-on dit avec tous les visiteurs vietnamiens et chinois –, mais durant les vacances du Têt, c’était le paradis. Une île fantôme et des plages désertes.

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Et ces quelques jours à Hanoi, la semaine dernière, où je déambulais simplement dans la ville, passant d’un café sur les bords du lac Hoan Kiem, à la bibliothèque du Centre culturel français, à un autre café milendien pour bosser et écrire, et la rencontre d’une francophile au Musée d’ethnographie du Vietnam qui m’a fait une visite privée gratuite dans la langue de Houellebecq.

Et je vous ai pas dit, on m’a dit deux fois que j’étais grande depuis mon arrivée. C’est vrai que les Vietnamiennes ne sont pas les plus longues sur pattes, mais me considérer comme une grande femme, je suis flattée. Difficile de les approcher, de les comprendre parfois, les Vietnamiens, mais cette comparaison par la taille, me fait entrer de plain-pied dans leur monde, même si 5 pieds et 2 pouces, c’est pas très grand.

Je pense sans arrêt à mon roman, je prends des notes, je voudrais publier tous les jours sur #Checkmestomates, faire de ce voyage un lieu privilégié d’écriture, de réflexions, de rencontres inédites entre moi et mes mots. Je suis la même mais différente. Je rêvasse, divague, invente des personnages, traîne sur Facebook ou Instagram, nourrit quotidiennement mon Tumblr et tiens bien avec nonchalance un journal papier, où j’écris à la main d’une écriture serrée, un résumé de mes rencontres, déplacements, découvertes, déceptions, joies, interrogations. Mais quoi, mais pourquoi écrire ça?

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Je n’ai pas encore trouvé comment répondre à ce désir pressant d’écriture (même si j’ai commencé à noter toutes les personnes rencontrées, avec descriptions, moments partagés, et fous rires échangés). Démarrer un vrai blogue de voyage avec les endroits visités et mes conseils aux autres intrépides? Poser les bases d’un récit de voyage? Travailler sur des nouvelles commencées mais pas finies qui parlent de neige et de motoneige? Travailler avec rigueur sur mon roman?

Celui-ci me lorgne du coin de l’œil, mais Marie est partie explorer le Vietnam (et peut-être le Laos) de son côté. J’espère la recroiser bientôt. Et son départ me ramène à la question qui me taraude depuis mon départ : que vas-tu faire 3 mois durant? Bon, il ne me reste maintenant plus que 2 mois pour me rendre à Ho Chi Minh Ville, mais vais-je jouer à la touriste (ce que j’essaie de faire de mon mieux, mais qui n’est pas tout à fait ma tasse de thé), m’installer plus longtemps dans certains lieux et m’y plonger et écrire, ou encore me laisser porter et ne me poser aucune question? J’alterne ces trois états depuis un mois, et si la cohabitation est parfois harmonieuse, ce n’est pas de tout repos non plus.

J’ai pris un train de nuit la semaine dernière pour me rendre dans les montagnes du nord-est, tout près de la frontière chinoise. Là, dans un restaurant d’hôtel baigné de soleil, j’ai rencontré Robert, un professeur de psychologie et psychanalyste montréalais à la retraite. Nous avons passé 3 jours ensemble dans la région de Sapa et beaucoup discuté. Nous avons loué des scooters et nos échanges riches se poursuivaient même lors nos arrêts sur le bord de la route pour contempler les paysages.

Avec lui, je me sentais stimulée intellectuellement et challengée culturellement. Robert a beaucoup voyagé en Asie et en Europe depuis une quinzaine d’année, et curieux comme un jeune homme, et la parole pleine d’anecdotes savoureuses que seule l’expérience peut nourrir, il m’a raconté un peu sa vie, ses voyages, ses filles, son travail, ses étudiants, ses recherches. Mais plus intéressant, Robert s’intéresse dans ses déambulations en solitaire aux différents types de voyageurs, et tente de cerner leurs profils psychologiques et engagements dans les pays visités. Nous avons abordé le secret, l’inracontable d’un voyage, tout spécialement dans le cas d’un voyage en solitaire.

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Il y a quelques semaines, une amie a porté à mon attention le texte « Pis, c’tait tu cool? » publié sur le site Les populaires. La comédienne Myriam Sophie Deslauriers y aborde avec beaucoup d’humour et d’autodérision, son retour d’un voyage en Inde, et la réaction des gens lorsqu’ils lui demandent de raconter comment c’était. En fait, elle sait pas trop quoi répondre, et c’est vrai comment raconter ça? Je vous en mets un petit bout, parce que son texte est vraiment bon, mais allez le lire au complet ici :

« Fait qu’un mandné t’es juste tellement écoeurée de t’obstiner à essayer de comprendre rationnellement les choses, tellement à boutte d’échouer lamentablement que tu gueules fuck-off à ton jus de cerveau pis t’arrêtes d’essayer. Pis là. Elle t’apparaît l’Inde. Immense, magistrale, riche, fière, comme une reine, pis tu te mets à ressentir un nouveau spectre de la vie, que t’aurais même pas pu t’imaginer parce que c’est trop éloigné de ce que t’as toujours connu.

Pis ça c’est crissement dur à décrire. C’pour ça que j’pas capable de t’expliquer en gueulant par-dessus la dernière toune de Beyoncé. »

Je ne comprends toujours pas ce que je suis venue faire ici, et c’est tant mieux. Mon cerveau bout pendant que mon corps subit les assauts du voyage et de la chaleur. Mais ce désir d’écriture prend toute la place. Ce soir, dans ma chambre d’hôtel de Bac Ha, je suis seule avec moi-même. Je n’ouvre plus la télé depuis 2 semaines, un vague projet avec des Françaises demain, sinon peut-être vagabonder dans les environs, lire et écrire, et tenter d’être ici, à Bac Ha (et un peu beaucoup sur Internet, je suis une indécrottable accro), en écoutant doucement le dernier d’Arcade Fire.

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