Gare à vos cours

Gare à vos cours

Je me suis fait prendre au jeu de la disparition et je suis maintenant devenue accro. Toutes les raisons sont bonnes pour me soustraire au quotidien et me travestir. Prenez hier soir : je voulais rentrer à pied à la maison. Après la 8e pluie, j’ai décidé de prendre seulement les ruelles pour me frayer un chemin dans Rosemont. Je trouve que comme cela on voit tout ce qui est beau et laid dans la ville et qu’on découvre chaque fois un nouveau quartier et de potentiels voisins. Et comme je suis assez voyeuse, je peux observer à loisir dans la maison et dans la cour des Montréalais. Gare à votre intimité si vous me voyez passer. Mais soyez sans crainte, c’est l’ordinaire qui m’intéresse, voilà tout.

Chaque fois que je flâne dans les ruelles, je pense au film La merditude des choses (excellent film belge sur une famille d’alcooliques dont le jeune garçon s’émancipe pour devenir écrivain). Il y a une scène magnifique où Gunther n’a pas encore publié son premier livre et enchaîne jobs de merde sur boulots alimentaires. Il est donc à ce moment-là vendeur de cafés et cochonneries dans un train qui sillonne le pays. À sa pause, découragé, il fume une cigarette entre deux wagons et se met à délirer sur les BBQ et cours arrière dégueulasses de ses compatriotes : est-ce le mieux que le pays à offrir aux visiteurs, se demande-t-il, dégouté.

J’ai retrouvé la scène, mais en version originale… flamande, je ne trouve pas la version française, mais pour l’ambiance tout y est.

J’étais donc à déambuler dans les ruelles et je trouvais que la pluie dégageait encore plus cette impression d’étrangeté et de malaise exprimée par Gunther. Tout était sale, laid, laissé en plan : poubelles éventrées, soupers abandonnés, chats mouillés et jardins détrempés. Moi aussi j’avais pris l’eau et j’arborais plus une dégaine beach party qui a mal tourné que déambulation bucolique dans les ruelles montréalaises. Je déployais, du moins j’essayais d’adopter une souple démarche féline pour me faufiler toujours plus dans les intérieurs de mes semblables.

Ces deux-là sont-ils en train de se chicaner assez pour que leur couple en pâtisse? Et manger devant la télé, c’est pas mauvais pour les yeux? Ah! Il y a encore des adolescentes qui écoutent Bon Jovi? Se faufiler dans la peau des autres me permet de disparaître une minute à la fois. Qui a dit, partir c’est mourir un peu? Moi je disparais un peu plus chaque jour pour écrire un peu plus chaque jour. M’avez-vous vu passé?

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